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Les Fabulistes du Muselet


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#1 Blasphème

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Posté 09 novembre 2015 - 10:55

Chapitre I: Blasphème.
 
Un verre, deux verres, trois, quatre... Cent ? On les retourne, on les vide, on en brise par inadvertance, on les remplit à nouveau puis on les vomit avant de les pleurer. Il n'y a pas de plus grand désarroi que la solitude, elle laisse un vide dans nos entrailles et il n'y a que la foutue vinasse pour la combler temporairement. Enfermée dans une taverne de Sombrios, Blasphème sait déjà qu'elle ne rentrera pas au Tonneau, elle sait que seuls les rats et sa folie l'y attendent et qu'elle ne veut pas les retrouver. 
 
Des tables alentours, elle sent le poids des regards amusés dans sa direction. Il n'est pas rare de croiser des personnes difformes, galeuses ou estropiées dans le coin, mais les nains se font plus rares. Peut-être étais-ce ça, la solution... Peut-être devait-elle intégrer l'une de ces caravanes mobiles et apprendre quelques cabrioles, les cours les plus dignes étaient parait-il friands de monstres savants, persuadés que les nains n'étaient que des animaux facilement apprivoisables. De toute façon, elle ne pouvait plus continuer comme elle le faisait, elle devait songer à son avenir et y faire face, qu'il soit fait d'espoir ou de désillusions.
 
Les bouteilles étaient vidées, Blasphème laissa un gras pourboire au tavernier et regagna les rues sales et malodorantes de la capitale brigande. Chaque ruelle était un coupe gorge, dans certaines d'entre elles se cachaient des ombres peu recommandables. Dernièrement, un écorcheur terrorisait les druides s'aventurant félinement dans la ville: il n'était pas rare au petit matin de voir un chat débarrassé de sa peau, jeté au hasard des pavés. Sombrios était vraiment une ville repoussante, sale, puante, peuplée de monstres en tous genres qui ne pensaient qu'à voler et faire couler le sang. L'hiver approchait à grands pas, le froid se faisait déjà sentir et d'insupportables souvenirs remontaient à la surface. La petite femme serra ses dents pointues, elle s'apprêtait à passer la nuit sous un porche quand une voix sifflante traversa ses tympans avec douceur:
 
-Fabulez, ivrognez, trépassez...
 
La petite femme se retourna, serra sa trop longue toge et ne vit personne. Sous cape, elle maugréa quelques imperceptibles jurons avant de continuer sa route, pensant que son esprit lui jouait des tours quand à nouveau le chuchotis retentit:
 
-Fabulez, ivrognez, trépassez...
 
Rapidement, Blasphème fit volte-face:
 
-Huh ?
 
Ses yeux émeraudes étaient grands ouverts, cherchant à percer l'épaisse pénombre. Le vent était-il capable de tels mirages ? Peut-être d'après tout. La naine haussa les épaules quand soudain...
 
-Fabulez, ivrognez, trépassez... Fabulez, ivrognez, trépassez... Fabulez, ivrognez, trépassez...
 
Quelqu'un -ou quelque chose- se déplaçant à une vitesse folle semblait l'avoir choisie comme proie. Blasphème se laissa tomber à genoux au sol, protégeant son masque de sa main pour ne pas le laisser choir. Qu'étais-ce donc que ça ? Un humain croisé avec une tornade ? La petite femme avait croisé tant et tant de bizarreries ces derniers temps que peu de choses l'étonneraient. Combien de fois s'était-elle vue mourir ? Des tas et des tas de fois et quand le danger était à son paroxysme elle n'avait jamais eu peur, persuadée que la Fin était la plus délicate des douceurs. L'agitation retomba aussi vite qu'elle était arrivée et Blasphème releva la tête, étourdie encore par la folle valse. Des pas se firent entendre en face d'elle, ils se rapprochèrent de plus en plus et bientôt sortit de l'ombre une figure inconnue. Un enfant, de deux ans tout au plus, se tenait debout devant elle. Le crâne dégarni, des yeux d'un bleu surnaturel, un air grave... Il n'avait rien de juvénile, d'enfantin ni même d'humain. Il tendit sa petite main en direction de la naine, lui faisant signe de se relever.
 

_________________________

"Au dernier hiver de ma vie, puisse-t-il y en avoir d'autres.
 
L'esprit a un visage, il a une âme et une enveloppe charnelle, l'esprit est un enfant, l'esprit est le Fabuliste.
 
Pour lui, j'ai tué un homme dans son sommeil, pour lui j'ai dérobé une mansarde à Sombrios, pour lui je saurais rassembler les bien pensants des terres d'Alidhan. La vraie richesse n'est pas le luxe ou l'or, il veut posséder les fabulations de tous, il veut saisir dans ses mains les perles d'âme, les fragments de vos idées et s'en faire un collier de pensées. Laissez-moi vous conduire à lui, laissez le Fabuliste entrer en vous et dévorer votre imagination.
 
Il est le Silence dans la tourmente,
Il est la Lueur dans les ténèbres,
Il est l'Etincelle dans l'ignorance.
 
Laissez-le vous nourrir d'ivresse, laissez-le défaire le muselet et délectez-vous de son breuvage. Il n'est nul besoin de lui appartenir pour le rencontrer, il n'est nul besoin de rejoindre la mansarde pour bénéficier de sa reconnaissance.
Ouvrez-lui juste son esprit pour que le rêve continue.
 
~B~"
 
Blasphème laissa tomber sa plume de cormoran sur le parquet défraichi. Sa tête pencha en arrière et ses grands orbes verts scrutèrent le plafond. Le temps de ne plus croire en rien était révolu, le Fabuliste lui avait ouvert les yeux: si ses pouvoirs n'étaient plus c'est qu'elle avait fermé son esprit depuis bien longtemps. Aujourd'hui, elle avait pris conscience, demain elle gèlerait le monde.

~Je suis le monstre de votre placard~

 





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